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5e Dimanche de Carême – A (Jn 11, 1-45)

Homélie ( 22 mars 2026)

Tous les jours, on dénombre des milliers de morts. Pour beaucoup d’entre nous, en ouvrant chaque matin notre journal, notre premier réflexe est de lire les pages d’obsèques pour voir s’il y a, parmi les morts du jour, quelqu’un qu’on connaît. Une réaction ordinaire.

Par contre, quand la mort nous touche de près, quand il s’agit d’un parent, d’un ami, de quelqu’un que nous avons bien connu, la mort d’un être proche et aimé est toujours pour nous un déchirement. On ne l’accepte pas facilement. On cherche des responsables. Et, que l’on soit croyant ou non, on se tourne souvent vers Dieu, au moins pour lui reprocher cette mort qui nous scandalise. Comme disait Marthe à Jésus : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Aujourd’hui, nous disons : « Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas empêché cela ? » On écrit même parfois dans les faire-part des journaux : « Il a plu au Seigneur de rappeler à Lui son fidèle serviteur. » C’est un contresens ! C’est tout le contraire de ce qu’enseigne Jésus !

L’Évangile de la résurrection de Lazare que nous venons d’entendre nous dit quelque chose de très important sur le Dieu de Jésus-Christ, sur la mort et sur notre destinée humaine.

Première constatation : le Dieu de Jésus Christ est celui qui pleure la mort de ses amis. Comme Jésus a pleuré Lazare, Dieu pleure la mort de tout homme qu’il aime. C’est exactement le contraire de l’idée que nous avons de Dieu : un Dieu impassible, insensible, un Dieu qui punit, un Dieu qui donne la mort. Non ! Dieu ne veut pas la mort. Toute la Bible dit un Dieu qui veut la vie, la libération, le bonheur de son peuple. Et tous les gestes de Jésus sont significatifs de sa lutte incessante contre toutes les forces de mort en ce monde : la mort physique (et les nombreuses guérisons qu’il fait sont autant de signes de l’intention de Dieu, qui veut l’homme debout). Sa lutte contre la mort physique, mais aussi contre la mort sociale, chaque fois qu’il veut réintégrer les exclus, les marginalisés dans le corps social, dans une vie de relations humaines. La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, pour reprendre la belle phrase de saint Irénée.

Regardons de plus près le récit de la résurrection de Lazare. Certes, la mort est un phénomène qui ne peut pas nous être épargné. Notre corps, comme tout ce qui est matière, est mortel. Tout ce qui est vivant meurt. Mais voici que, pour Jésus, ce phénomène naturel qu’est la mort n’est pas une fin définitive, éternelle : la mort n’est qu’un passage. Vous avez entendu Jésus qui dit, en parlant de Lazare : « Lazare, notre ami, s’est endormi » Et c’est ainsi que Jésus décrit la mort humaine. Et c’est une très belle image que celle de la mort considérée comme un sommeil. Dans la prière eucharistique que vous entendrez tout à l’heure, le prêtre dira : « Souviens-toi aussi de nos frères et sœurs qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection, et souviens-toi, dans ta miséricorde, de tous les défunts : accueille-les dans la lumière de ton visage. »

Si nous disons : « nous croyons à la résurrection à la fin du monde. » Jésus nous déclare : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » Parce que Dieu, c’est la vie. Et nous avons reçu au baptême la vie de Dieu, la vie éternelle. Non pas la vie plus tard, mais la vraie vie déjà commencée aujourd’hui.

Ainsi, nous pouvons lire le geste de Jésus rendant la vie à Lazare comme un signe. Un signe de sa propre résurrection et un signe de notre résurrection.

Il y a déjà dans notre vie des signes de résurrection. Il s’agit de les voir. Souvent, on ne regarde que ce qui ne va pas. Dieu, au contraire, nous invite aujourd’hui à regarder ce qui renaît, ce qui repart, ce qui réussit, ce qui vit. Regardons, par exemple, les gestes d’attention, d’entraide, les paroles de réconfort qui redonnent l’espérance et les moments de bonheur dans la vie quotidienne…

Mais il ne suffit pas de lire les signes de résurrection. Il faut être nous-mêmes des signes de résurrection. Dans tous les actes de notre vie, dans toutes nos attitudes, et même quand nous rencontrons l’échec, la souffrance, la mort. Car la mort n’est pas éternelle. Être des signes de résurrection, c’est croire que, par-delà la nuit, il y a la lumière du jour.

Le Christ est celui qui peut transformer les larmes de deuil et de peur en larmes de joie et d’espérance. Avec Marthe de l’Évangile et avec foi, nous lui disons : « Oui, Seigneur, je le crois, tu es le Christ, le Fils de Dieu. »

P. Joseph Vũ Thái Hòa