L’unité dans la diversité
En janvier, nous avons prié pour l’unité des chrétiens. Cette unité est non seulement le souhait des chrétiens, mais le souhait fondamental de Jésus lui-même pour son Église. La veille de sa mort, Jésus a prié son Père : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi » (Jn 17, 21). Sa prière nous montre son extraordinaire lucidité. Comme il a pressenti les millions d’êtres humains qui croiraient en lui, il a aussi pressenti que le grand drame de ses disciples serait la division.
Anthony de Mello, un prêtre indien a imaginé l’histoire que je vais vous raconter :
Jésus dit à ses amis qu’il n’a jamais assisté à un match de football. C’est pourquoi, ceux-ci décident de l’emmener au stade. Or ce jour-là, c’est un match qui oppose les protestants aux catholiques.
L’équipe catholique marque d’abord un premier but. Jésus applaudit, crie très fort et lance même sa casquette en l’air. Quelques minutes plus tard, c’est l’équipe protestante qui marque un but. Jésus applaudit également, crie très fort et lance encore sa casquette en l’air. Évidemment, l’attitude de Jésus surprend beaucoup l’homme assis derrière lui. Il tape sur l’épaule de Jésus et lui demande : « Eh, bonhomme ! de quel côté êtes-vous ? »
« Moi ? » répond Jésus, visiblement enthousiasmé par le jeu. « Oh ! je ne suis du côté de personne ! Je suis ici rien que pour le plaisir de voir le jeu. » L’homme se retourne vers son voisin et dit : « Hum, c’est un athée ! »
Après le match, des amis discutent avec Jésus sur la situation religieuse dans le monde. Ils lui disent : « Les croyants sont bizarres ! Ils pensent que Dieu ne se met que de leur côté et s’opposent à ceux qui appartiennent aux autres religions. »
Jésus répond : « C’est vrai. C’est pour cette raison que je ne me suis mis du côté ni de l’un ni de l’autre. Je ne soutiens pas les religions. Je soutiens les hommes ; les hommes sont plus importants que les religions. L’homme est plus important que le sabbat. »
Cette histoire imaginaire montre qu’une des plus grandes plaies de l’humanité à travers les âges, c’est l’intolérance qui a amené à des guerres de religions. Les hommes sont souvent tentés de persécuter et exterminer les autres au nom de leur Dieu et au nom de leur idéologie.
Quand nous parlons de l’unité, nous rêvons toujours d’une unité facile qui serait que les autres qui ne pensent pas comme nous… nous rejoignent ! L’unité selon Dieu ne consiste pas à gommer les différentes richesses de chaque personne et de chaque groupe dans une sorte de fusion sans relief et sans saveur. C’est dans le respect des légitimes différences que l’Église doit construire son unité. Il y a un seul Seigneur, un seul baptême, une seule foi, mais les expressions de la foi sont variées. Puisqu’il y a quatre évangiles pour présenter le même Jésus, pourquoi n’accepterions-nous pas les différents discours sur les diverses manières d’interpréter et de vivre l’Évangile dans l’Église et dans le monde ?
Dans la lettre aux chrétiens de Corinthe, saint Paul utilise l’image des membres du même corps pour parler de l’Église dans la diversité, dans la complémentarité et la solidarité de tous les membres (cf. 1 Co 12, 12-27).
Prions pour l’Église. Que tous ses membres sachent vivre l’unité dans une écoute réelle de leurs différences, dans un échange de leurs richesses spirituelles, dans le respect de l’autre. L’unité mais pas l’uniformité, la diversité dans l’unité, la pluralité dans la communion. Alors l’Église sera comparée à un beau jardin où poussent plusieurs variétés de fleurs aux différentes couleurs et aux multiples parfums. Et avec toutes ces belles fleurs, nous formerons ensemble un grand bouquet pour l’offrir à Dieu, source de l’unité parfaite.
P. Joseph Vũ Thái Hòa

